Un Opera en Deux Actes de Tobias Picker

d'apres le roman d'Émile Zola

Les photos (© par Ken Howard) illustrant cette page ont été prises lors de la création mondiale de de Thérèse Raquin à l'Opéra de Dallas. Production: Francesca Zambello. Décors et costumes: Marie Jeanne Lecca.
Thérèse Raquin est dédié à Edgar Foster Daniels en reconnaissance de sa profonde générosité et de son remarquable engagement dans le domaine de l'Opéra aux USA. Edgar Foster Daniels tient sa place parmi les plus grands mécènes de l'histoire de la musique — Tobias Picker


Thérèse Raquin est le troisième grand ouvrage lyrique du compositeur américain Tobias Picker, sur un livret remanié par Gene Scheer.

Thérèse Raquin a fait son entrée dans le répertoire international le 30 novembre 2001, à l'Opéra de Dallas, dans une scénographie de Francesca Zambello.

L'action se passe à Paris, à la fin des années 1800, dans le sinistre passage du Pont Neuf où se trouve la mercerie tenue par Thérèse et sa tante. Mariée à Camille, son cousin souffreteux, Thérèse le méprise et s'éprend d'une passion physique et violente pour Laurent, l'ami d'enfance de son mari, aussi beau et fort que Camille est faible et insignifiant. Les amants sombrent dans un meurtrier triangle amoureux...

Après avoir été maintes fois revisité par le théâtre et le cinéma, et adapté en comédie musicale, le thème du roman de Zola est aujourd'hui le sujet d'un grand opéra contemporain : l'histoire de la lente descente dans la folie de deux héros tragiques qui ont réalisé un crime parfait, mais qui, hantés par le spectre de leur victime, finissent par rendre justice en se suicidant. Un opéra sur l'obsession sexuelle et la culpabilité, un opéra presque classique en deux actes et treize scènes, qui comporte des grands airs — chaque personnage a au moins une grande aria à chanter — des duos, des trios, des quartettes, des quintettes et des scènes d'ensemble structurées comme des chœurs, faisant intervenir tous les chanteurs en même temps. Les lignes de chants très lyriques exigent des chanteurs doués d'une grande agilité et rompus aux techniques du grand opéra, capables de chanter Verdi et Mozart, Puccini et Tchaïkovski. La montée inéluctable du drame est exaltée par un décor vocal et sonore aux forts contrastes, exécuté par sept chanteurs et un orchestre d'au moins 55 musiciens, les violons pouvant être renforcés.

Le langage musical, imaginatif, coloré et sensible de cette partition sans concessions, associé à une solide conception dramatique, promet de faire de Thérèse Raquin un opéra qui comble l'oreille autant que l'œil.

© Maxime Ohayon


PERSONNAGES

Madame Lisette Raquin, la mère (soprano)

Thérèse Raquin, sa belle-fille (mezzo-soprano)

Camille Raquin, son fils (ténor)

Laurent, l'amant de Thérèse (baryton)

Olivier Michaud, inspecteur de police (ténor)

Suzanne Michaud, sa femme (soprano)

Monsieur Grivet, collègue de bureau de Camille et Laurent (basse)


SYNOPSIS

L'action se passe à Paris en 1866

ACTE I
Scène 1: Chez de famille Raquin
Scène 2: La Mercerie
Scène 3: Les berges de la Seine à Saint- Ouen

ACTE II
Chez de famille Raquin — onze mois plus tard


Thérèse Raquin
Drame musical en deux actes de Tobias Picker, d'après le roman d'Émile Zola

ACTE I

Madame Raquin bavarde avec Thérèse, sa pupille et belle-fille, en pliant le linge qu'elles ont cherché sur le balcon. Elle parle de l'amélioration de la santé de son fils Camille et des perspectives d'avenir. Ce dernier arrive en dévalant les escaliers à toute allure et annonce que Laurent, un jeune collègue de travail, que la famille a connu à Vernon [ Vernon est une ville située dans l'Eure ], va venir terminer son portrait. Thérèse fait remarquer que Laurent est un pique-assiette qui abuse de leur hospitalité depuis des mois. Camille pense que sa femme a besoin de rompre la monotonie du quotidien, il propose alors d'organiser un pique-nique sur les bords de Seine le dimanche suivant. Laurent arrive avec des fleurs pour Madame Raquin et Thérèse. Tout en peignant, il raconte sa liaison romantique avec une ravissante jeune femme. Camille est enthousiasmé par le tableau et part acheter du champagne pour célébrer la réussite du portrait. Restés seuls, Thérèse et Laurent, qui visiblement se connaissent déjà, s'enlacent tendrement. Thérèse raconte sa jeunesse, la mort de sa mère à Alger, lorsqu'elle avait trois ans, et son départ pour la France, où elle fut accueillie par sa tante, Madame Raquin, et Camille, son cousin maladif, qu'elle épousa à l'âge de dix-huit ans, par reconnaissance envers sa tante. Mais elle n'est pas amoureuse de Camille ; Laurent est sa véritable passion, son seul espoir.

Quelques jours plus tard, Madame Raquin et son amie Suzanne cousent de nouvelles robes et évoquent l'espoir de Suzanne et son mari, Olivier, d'avoir un enfant. Olivier, qui est officier de police, et Monsieur Grivet, un collègue de Camille, entrent alors en scène. Grivet explique qu'il a dû faire un détour à cause d'un crime qui vient d'être commis. Pressé de questions sur son métier, Olivier explique combien il est difficile de prouver la culpabilité de quelqu'un. Laurent et Camille arrivent. Le portrait est dévoilé, tout le monde applaudit, et l'on sabre le champagne. Laurent pousse discrètement Thérèse vers le balcon et l'informe que son patron a menacé de le renvoyer, s'il continue d'arriver en retard à son travail, l'après-midi. Il n'a donc plus d'autre choix que de mettre fin à leurs rendez-vous quotidiens. Elle lui dit qu'elle fera tout pour le retrouver. Leur conversation est interrompue par Camille et Olivier qui les appellent pour jouer aux dominos.

Le dimanche après-midi, après une promenade sur les bords de Seine, Camille décide de faire une sieste sur une couverture étendue par terre. Pendant que Camille dort, Laurent et Thérèse se déclarent leur amour. Dans un moment de passion, Laurent suggère de tuer Camille, et Thérèse lui répond qu'elle ferait n'importe quoi pour rester avec lui. Laurent réveille Camille et le convainc de louer une barque pour aller admirer le coucher de soleil sur la Seine, même si lui et Thérèse ne savent pas nager. Laurent rame jusqu'au milieu de la rivière, empoigne Camille et une bagarre commence. Camille mord Laurent au cou, mais, trop faible pour résister, est jeté par-dessus bord. Thérèse et Laurent, serrés l'un contre l'autre, regardent Camille se noyer.

ACTE II

Onze mois plus tard, Laurent, considéré comme un héros pour avoir "sauvé" Thérèse lorsque leur barque a "chaviré", s'efforce d'obtenir le consentement de Madame Raquin à leur mariage. Il a le soutien de Suzanne, d'Olivier et de Grivet qui pensent que seul un bon mariage mettra un terme au malheur de Thérèse. Tout d'abord opposée à ce projet, Madame Raquin finit par donner son accord.

Deux mois plus tard, le matin de son mariage, Thérèse se réveille en criant. Suzanne vient la réconforter. Thérèse lui confie qu'elle ne pourra plus jamais aimer quelqu'un. Suzanne suppose qu'elle parle de Camille, mais, en fait, elle pense à Laurent. Elle conseille à Thérèse d'avoir foi en Dieu ; elle essaie en vain de calmer l'angoisse de Thérèse en lui disant qu'un jour leurs enfants joueront ensemble. Après le mariage, Madame Raquin et Suzanne préparent la chambre pour la nuit de noces. Olivier et Grivet arrivent, et Suzanne leur déconseille de jouer un tour au jeune couple. Ils insistent toutefois, précisent qu'ils veulent seulement donner une sérénade, qu'ils entonnent d'ailleurs pour Madame Raquin et Suzanne. Ils partent ensuite au café voisin.

Plus tard dans la soirée, Thérèse entre en tremblant dans la chambre à coucher. Pour la rassurer, Madame Raquin lui raconte comment elle calmait Camille lorsqu'il était enfant en lui chantant des chansons. Madame Raquin s'en va et Thérèse entonne la chanson de son enfance, de la colombe qui apporta à Noé l'espoir d'un avenir heureux. Laurent arrive et veut faire l'amour à Thérèse, mais ils sont tous deux hantés par leur crime. Ils entendent, montant de la rue, la sérénade d'Olivier et Grivet, à laquelle se joint la voix du fantôme de Camille. Terrorisés, ils commencent à se disputer et à s'accuser mutuellement. Thérèse, qui n'a pas dormi de la nuit, regarde le soleil se lever.

Quelques semaines plus tard, dans sa mercerie, Madame Raquin voit apparaître le fantôme de Camille. Tandis qu'il lui révèle la vérité, son image devient de plus en plus nette. Lorsqu'elle le reconnaît enfin, elle pousse un cri et s'évanouit. Thérèse et Laurent se précipitent dans le magasin où ils la trouvent inconsciente mais respirant encore. Ils disent à voix haute leurs remords d'avoir noyé Camille. Madame Raquin, qui a retrouvé ses esprits, surprend leur conversation. Folle de rage, elle les accuse d'avoir assassiné son fils. Elle est victime d'une attaque et s'effondre.

Cinq mois plus tard, pendant que ses amis jouent aux dominos, Laurent se plaint de la difficulté à s'occuper de Madame Raquin, restée paralysée et incapable de parler. Assise avec les autres joueurs, Madame Raquin tente de griffonner sur un bout de papier "Thérèse et Laurent ont a....". Elle manque de forces et son crayon lui tombe des mains. Les invités pensent immédiatement qu'elle souhaitait écrire une gentillesse et sortent pour la laisser se reposer. Laurent et Thérèse se querellent violemment. Il la jette à terre et sort. Thérèse rampe vers Madame Raquin et, au bord de la démence, avoue les détails de son aventure avec Laurent. Elle implore le pardon, et dans sa folie, s'imagine que Madame Raquin est prête à lui pardonner. Elle croit que Madame Raquin veut qu'elle tue Laurent qui, contrairement à elle, ne se repend aucunement. Thérèse cherche un couteau dans le placard et le cache dans les plis de sa jupe. Laurent entre dans la pièce et dit calmement qu'ils doivent cesser de se disputer et se reposer un peu. Il verse du poison dans un verre de vin qu'il tend à Thérèse. Thérèse dit qu'elle ne supporte plus leur impunité ; elle s'avance lentement vers lui, brandit le couteau comme pour le frapper et, subitement, se poignarde elle-même. S'effondrant dans les bras de Laurent, elle l'embrasse et meurt. Accablé, Laurent boit le verre de vin empoisonné. Il meurt en enlaçant Thérèse.

Traduction: © Maxime Ohayon


Biographie de Tobias Picker, compositeur


Émile Zola (1840 ­1902)

Lorsque Thérèse Raquin paraît, émile Zola est âgé de 27 ans. Il n'est pas inconnu dans le monde des lettres — il a déjà publié deux romans, Contes à Ninon et La confession de Claude — mais n'est pas encore un écrivain célèbre. C'est avec Thérèse Raquin que Zola fera sa véritable entrée en littérature.

Né à Paris le 2 avril 1840, Zola est le fils d'un ingénieur d'origine vénitienne. La famille s'installe à Aix-en-Provence, le petit émile compte Paul Cézanne parmi ses meilleurs camarades. La mort de son père plonge sa famille dans de graves difficultés financières. L'éducation d'émile Zola n'est pas pour autant négligée, il s'intéresse à la musique et rêve de composer des œuvres romantiques. De retour à Paris, les Zola connaissent encore des jours difficiles. émile abandonne ses études après avoir échoué deux fois au baccalauréat.

En 1862, Zola entre chez l'éditeur Hachette. Recruté pour ficeler des paquets, il est bientôt chef de la publicité. Parallèlement, Zola débute une carrière de journaliste, de critique et de romancier. Sa plume lui permet de vivre et de se faire un nom.

Ses prises de positions artistiques et politiques lui valent de rudes attaques. Il défend dans ses articles les œuvres avant-gardistes de ses amis Manet et Degas. Il fréquente Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt et Alphonse Daudet et cherche à imposer le réalisme dans l'art. Politiquement Zola s'affirme comme un adversaire irréductible de Napoléon III,

Les dernières années de sa vie, il utilise toute son énergie et son talent de journaliste pour défendre le capitaine Dreyfus, dégradé et déporté par les autorités militaires qui l'accusent d'espionnage. Ses écrits contre l'antisémitisme lui valent un procès et onze mois d'exil en Angleterre, mais contribuent à faire innocenter Dreyfus en 1900. Deux ans plus tard, le 2 septembre 1902, Zola est retrouvé mort à son domicile parisien — une mort par asphyxie dans des circonstances mal élucidées. En 1908, les cendres de Zola sont transférées au Panthéon.

Thérèse Raquin est un authentique Chef-d'œuvre

Sa publication en 1867 est une date importante dans l'histoire du roman français. C'est le premier grand roman de Zola, il contient nombre de thèmes de l'œuvre à venir.

Zola a l'idée de Thérèse Raquin en lisant La vénus de Gorde, d'Adolphe Belot et Ernest Daudet, parue en feuilleton dans le Figaro en 1866. C'est l'histoire d'un adultère débouchant sur l'assassinat du mari. Jugés, les deux amants meurtriers sont condamnés au bagne, où la femme meurt de la fièvre jaune, au grand désespoir de son complice.

La lecture de ce roman passionne Zola qui songe à le réécrire à sa façon. Il veut que les coupables, au lieu d'être châtiés par la justice, trouvent leur "effroyable punition dans l'impunité de leur crime". Sur ce canevas, Zola publie une nouvelle dans le Figaro, intitulée Un mariage d'amour. Elle deviendra, enrichie et travaillée, Thérèse Raquin.

Le roman paraît en décembre 1867. Son audace et son réalisme, plus scientifique qu'artistique, suscitent une violente polémique. Les uns applaudissent, d'autres, plus nombreux, crient au scandale et l'accusent de verser dans la pornographie et dans la littérature putride. Le 23 janvier 1868, Ferragus écrit dans Le Figaro: " Ma curiosité a glissé ces jours-ci dans une flaque de boue et de sang qui s'appelle Thérèse Raquin.... Ce livre résume toutes les putridités de la littérature contemporaine pour ne pas soulever un peu de colère...."

Mais le roman connaît un certain succès, et n'a jamais cessé d'être réédité depuis. Il est aujourd'hui considéré comme l'une des œuvres les plus représentatives du naturalisme* en France.

En 1873, Zola écrivit lui-même une adaptation pour la scène de son roman, dont la popularité s'accrût considérablement de ce fait.

Traduction: © Maxime Ohayon

* Le naturalisme est une théorie esthétique selon laquelle l'art doit s'en tenir à la reproduction de la nature. Une oeuvre naturaliste constitue une étude scientifique expérimentale et précise du réel. Elle se caractérise notamment par une volonté de réalisme total ; aucun sujet, même le plus sordide, n'est tabou. L'école littéraire formée en 1877 autour d'Emile Zola prit le nom d'école naturaliste. On peut dater le début de la "campagne naturaliste" à la publication, en 1867, de Thérèse Raquin, de Zola.


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